Droits économiques des femmes : Des lois adoptées, mais trop peu appliquées

Dans son rapport publié le 24 février 2026, le Groupe de la Banque mondiale révèle un écart persistant entre les textes juridiques favorables à l’égalité économique et leur mise en œuvre effective. À l’échelle mondiale, seules 4 % des femmes vivent dans des pays où leurs droits économiques sont presque équivalents à ceux des hommes.
Alors que de nombreux pays affichent des cadres juridiques ambitieux en faveur de l’égalité entre les femmes et les hommes, la réalité de leur application demeure largement insuffisante. C’est le constat central de la dernière édition du rapport « Les Femmes, l’Entreprise et le Droit », publié par le Groupe de la Banque mondiale.
Pour la première fois, l’étude ne se limite pas à mesurer l’existence des lois, mais évalue également leur degré d’application. Verdict : si le score moyen mondial atteint 67 sur 100 en matière d’adoption de textes garantissant l’égalité économique, il chute à 53 pour leur respect effectif, et à 47 pour la mise en place des systèmes permettant l’exercice réel de ces droits.
« Sur le papier, la plupart des pays affichent des résultats satisfaisants, avec un score moyen mondial de 67 sur 100 en ce qui concerne l’adoption de lois en faveur de l’égalité économique entre les femmes et les hommes, analyse Indermit Gill, économiste en chef et premier vice-président du Groupe de la Banque mondiale pour l’Économie du développement. Mais s’agissant du respect des lois, la note moyenne tombe à 53. Et elle chute à 47 pour ce qui est de la mise en place des systèmes nécessaires à l’exercice de ces droits. Ces chiffres mettent en évidence des inégalités de chances criantes, et les conclusions de ce rapport offrent aux responsables publics des informations clés pour enrayer le déclin du potentiel de croissance des économies en développement. »
L’écart est d’autant plus préoccupant que seulement 4 % des femmes vivent dans des pays leur garantissant des droits économiques quasi équivalents à ceux des hommes. Même si les lois existantes étaient pleinement appliquées, les femmes ne disposeraient en moyenne que des deux tiers des droits économiques masculins.
Offrir une meilleure sécurité aux femmes
La sécurité face aux violences constitue l’un des points les plus faibles. « La véritable égalité commence par la sécurité. Que ce soit à la maison, au travail ou dans l’espace public, la protection des femmes est une condition indispensable à leur réussite et à leur épanouissement, souligne Norman Loayza, directeur la cellule Indicateurs de politique publique à la Banque mondiale. Or le monde est loin du compte dans ce domaine. Un tiers seulement des législations nécessaires ont été adoptées, et, quand elles le sont, elles ne sont pas appliquées comme elles le devraient dans 80 % des cas. »
L’entrepreneuriat et l’accès au crédit figurent également parmi les défis persistants. Si les règles juridiques relatives à la création d’entreprise sont souvent neutres, seule la moitié des pays favorisent un accès égal au financement. Les services de garde d’enfants apparaissent comme un autre levier sous-exploité : moins de la moitié des 190 économies étudiées prévoient un soutien financier ou fiscal aux familles, et dans les économies à faible revenu, à peine 1 % des dispositifs nécessaires sont en place.
Le rapport note toutefois des avancées récentes. Soixante-huit économies ont adopté 113 réformes positives en deux ans, avec une dynamique marquée en Afrique subsaharienne. L’Égypte se distingue par une progression notable de son score d’égalité juridique.
« Dans la prochaine décennie, 1,2 milliard de jeunes dont la moitié de filles entreront sur le marché du travail, ajoute Tea Trumbic, responsable du projet Les Femmes, l’Entreprise et le Droit et auteure principale du rapport. Beaucoup atteindront l’âge adulte dans des régions où les femmes se heurtent aux plus grands obstacles et où le surcroît de PIB résultant de leur participation à la vie économique est le plus nécessaire. Ici, et partout dans le monde, garantir l’égalité des chances ne profite pas qu’aux femmes : toute la société y gagne. En bref, ce n’est pas seulement souhaitable, c’est un impératif économique. »
Au-delà du constat, le rapport met en lumière une équation simple : sans application effective des lois existantes, l’égalité économique demeure un objectif inachevé, avec un coût direct pour la croissance et la cohésion sociale.
Rafiou LAWAL

