Projet de Loi de Finances 2026 : Une sensibilité au genre désormais ancrée dans l’action publique

Annexée au Projet de Loi de Finances 2026, la note d’analyse sur la sensibilité du budget de l’État au genre révèle une intégration croissante de l’équité entre les femmes et les hommes dans la planification et l’exécution des politiques publiques. Les avancées, encore inégales selon les secteurs, témoignent d’une réforme en consolidation. La budgétisation sensible au genre (BSG) continue d’être d’actualité au Bénin. Selon la note d’analyse annexée au Projet de Loi de Finances 2026, la démarche, amorcée en 2019 avec sept ministères pilotes, est désormais généralisée à l’ensemble des départements ministériels. Cette institutionnalisation repose sur un dispositif structuré de pilotage, sous la coordination du Ministère de l’Économie et des Finances, et renforcée par un marquage méthodologique des activités sensibles au genre. Au 30 juin 2025, l’exécution des dépenses à effet spécifique sur le genre s’établit à 115,8 milliards FCFA, soit 41,6 % des prévisions. Une dynamique encourageante, bien que contrastée. Certains secteurs se démarquent nettement : le Cadre de vie et les Transports affiche un taux exceptionnel de 160,4 %, le Tourisme et la Culture 66,7 %, tandis que l’Enseignement secondaire et la Formation professionnelle dépassent les 54 %. Ces résultats traduisent notamment l’impact des mesures d’appui à l’entrepreneuriat féminin, des programmes d’insertion socioéconomique et de la gratuité des frais de scolarité pour les filles dans l’enseignement secondaire général. D’autres ministères connaissent cependant des retards significatifs, parfois attribués à une opérationnalisation tardive des lignes budgétaires dédiées au genre. Le Ministère de la Justice, les Affaires sociales ou encore certains volets des finances publiques enregistrent ainsi des niveaux d’exécution plus faibles. Au-delà des chiffres, la note met en lumière les enjeux de réduction des inégalités structurelles. Les données sociodémographiques demeurent préoccupantes : faible salarisation des femmes, forte représentation dans l’informel, vulnérabilité socioéconomique persistante, inégalités d’accès à l’éducation ou aux soins. Dans ce contexte, la BSG apparaît comme un levier de transformation visant à adapter les réponses publiques aux besoins différenciés des populations. Dans les secteurs sociaux santé, éducation, affaires sociales –, les perspectives 2026 s’orientent vers un renforcement de la protection de l’enfance, de la santé maternelle et reproductive, de l’inclusion scolaire des filles et des enfants handicapés, ainsi que de l’autonomisation économique des femmes. La lutte contre le paludisme, particulièrement dévastateur chez les femmes enceintes et les enfants de moins de cinq ans, bénéficie désormais du déploiement du vaccin antipaludique, avancée majeure soulignée dans le document. L’analyse intègre également une lecture genrée des mesures fiscales. Certaines dispositions sont considérées comme neutres, tandis que d’autres – notamment celles touchant les PME ou le secteur informel fortement féminisé, présentent un impact marqué en faveur des femmes. Si les disparités d’exécution entre ministères traduisent encore des marges de progression, le Bénin dispose désormais d’un cadre opérationnel solide pour poursuivre l’intégration systématique de l’équité dans l’action publique et renforcer la redevabilité des politiques publiques en matière d’égalité entre les sexes.
Angelo Dowinhan

