Economie

Financement international et énergie : La BERD accorde 30 millions d’euros au Bénin pour moderniser la distribution électrique

En choisissant le Bénin pour son premier prêt en Afrique subsaharienne, la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) marque une étape stratégique de son expansion sur le continent. Ce financement de 30 millions d’euros, destiné à la modernisation des infrastructures électriques rurales, illustre la confiance des partenaires internationaux dans la trajectoire économique et institutionnelle du pays.

La Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) a officiellement annoncé, le vendredi 12 décembre, son premier investissement en Afrique subsaharienne. L’institution a accordé un prêt souverain de 30 millions d’euros à la Société béninoise d’énergie électrique (SBEE), opérateur public chargé de la distribution d’électricité. Cette décision consacre le Bénin comme pays pionnier de l’intervention de la BERD dans la région.

Ce financement s’inscrit dans un vaste programme de 173 millions d’euros conduit par l’Agence française de développement (AFD), en partenariat avec la Banque européenne d’investissement (BEI) et la Plateforme d’investissement africaine de l’Union européenne. Les ressources mobilisées visent la modernisation et l’extension des réseaux de distribution d’électricité en milieu rural, avec un impact attendu sur près de 120 000 nouveaux foyers, représentant environ 600 000 personnes dans les départements du Mono, du Couffo et du Borgou.

Pour la BERD, il s’agit d’un investissement à fort effet structurant. « Cet investissement transformateur contribuera à élargir l’accès à une électricité fiable pour des milliers de familles. Cela renforcera également la résilience et la durabilité des infrastructures énergétiques du Bénin, qui sont fondamentales pour accélérer le développement rural et libérer le potentiel économique », a souligné Dasha Dougans, responsable de la BERD pour ce pays d’Afrique de l’Ouest.

Ce premier appui financier s’inscrit dans une dynamique économique favorable. Le Bénin figure parmi les économies les plus dynamiques d’Afrique subsaharienne, avec un taux de croissance estimé à 7,5 % en 2024, son plus haut niveau depuis 1990. Selon la Banque mondiale, cette performance devrait se maintenir sur la période 2025-2027, avec une croissance moyenne attendue de 7,1 %, portée par d’importants besoins d’investissements dans les infrastructures, le capital humain, la productivité et les technologies de l’information et de la communication.

Toutefois, ces ambitions se heurtent à un déficit structurel de financement. La Banque africaine de développement (BAD) évalue à au moins 2,07 milliards d’euros par an les besoins du pays d’ici 2030 dans ces secteurs stratégiques, alors que le déficit annuel de financement est estimé à environ 5 % du PIB sur la dernière décennie. L’adhésion du Bénin à la BERD en mai 2024 répond précisément à cet enjeu, avec l’objectif de diversifier les sources de financement, soutenir le secteur privé et renforcer la résilience du système financier.

Au-delà du Bénin, ce premier prêt ouvre la voie à une intensification des opérations de la BERD en Afrique subsaharienne. L’ouverture d’un bureau de l’institution à Cotonou en juillet 2025 confirme cette volonté d’ancrage régional. Dans un contexte d’élargissement progressif de son champ d’action, la banque prévoit également des interventions au Nigeria et en Côte d’Ivoire, avant de s’étendre à d’autres pays comme le Kenya, le Sénégal et le Ghana.

Selon Heike Harmgart, directrice générale Afrique subsaharienne de la BERD, la stratégie de l’institution ciblera les secteurs à fort potentiel de croissance. « Nous pouvons aider [le secteur financier, Ndlr.] à davantage prêter aux entreprises afin de dynamiser l’économie réelle. Nous avons également un regard particulier sur les fintechs qui sont très novatrices et qui affichent de fortes ambitions, mais aussi la technologie, l’agro-industrie et l’agritech. Nous voyons en outre beaucoup d’opportunités dans le domaine de l’exploitation minière », a-t-elle déclaré dans une interview à La Tribune Afrique.

Entre 2025 et 2030, six pays d’Afrique subsaharienne devraient ainsi bénéficier des financements de la BERD. Pour le Bénin, ce premier prêt apparaît déjà comme un signal fort, à la fois de reconnaissance de sa stabilité macroéconomique et de son rôle de porte d’entrée pour l’expansion de la BERD dans la région.

Rafiou LAWAL

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