Développement et capital humain : 51 % de manque à gagner sur les revenus futurs du travail

Selon une nouvelle analyse du Groupe de la Banque mondiale, les lacunes actuelles en nutrition, en apprentissage et en formation professionnelle pourraient réduire de moitié les revenus futurs des enfants nés aujourd’hui dans les pays à revenu faible et intermédiaire.
Intitulé Building Human Capital Where It Matters: Homes, Neighborhoods and Workplaces, le rapport publié le 12 février met en lumière les conséquences économiques durables des déficits en capital humain dans les pays à revenu faible et intermédiaire. Le document souligne que ces insuffisances pourraient entraîner un manque à gagner de 51 % sur les revenus futurs du travail. L’étude révèle que, malgré l’amélioration globale des revenus et la réduction de la pauvreté au cours des quinze dernières années, la situation s’est dégradée dans de nombreux domaines clés. Entre 2010 et 2025, 86 des 129 pays étudiés ont enregistré des reculs en matière de nutrition, d’apprentissage ou de développement des compétences professionnelles.
« La prospérité des pays à revenu faible et intermédiaire repose sur leur capacité à développer et à protéger leur capital humain. Or nous constatons que de nombreux pays peinent à améliorer la nutrition, les apprentissages et les compétences de leur main-d’œuvre actuelle et future, ce qui suscite des inquiétudes quant à la productivité du travail et aux types d’emplois que leurs économies pourront soutenir à l’avenir, souligne Mamta Murthi, à la tête de la vice-présidence Population du Groupe de la Banque mondiale. En élargissant les investissements dans le capital humain aux milieux qui façonnent la vie des individus au quotidien, à savoir le foyer, le quartier et le lieu de travail, on active de véritables leviers d’accumulation de capital humain. »
Le rapport insiste sur le rôle déterminant de trois environnements dans la formation du capital humain. Au sein du foyer, les inégalités de compétences apparaissent dès la petite enfance et persistent durant l’adolescence, notamment en raison du manque d’attention et de soins apportés aux enfants. Les quartiers, eux, influencent l’accès aux services essentiels et aux opportunités économiques : les enfants qui grandissent dans des zones plus favorisées gagnent, à l’âge adulte, jusqu’à deux fois plus que ceux issus de milieux défavorisés, à niveau familial comparable. Enfin, le lieu de travail demeure un espace clé pour l’acquisition de compétences, alors que la majorité de la main-d’œuvre reste concentrée dans des activités informelles offrant peu de formation.
Lancement de l’indice de capital humain ICH+
Le document accompagne également le lancement d’une version élargie de l’indice de capital humain, baptisée ICH+, qui permet de suivre l’évolution des compétences de la naissance à 65 ans et d’évaluer leur impact sur la productivité et les revenus tout au long de la vie. Les données montrent par ailleurs des écarts significatifs entre pays de niveau de revenu comparable, preuve que les ressources financières ne constituent pas l’unique facteur déterminant. Certains États, comme la Jamaïque, le Kenya, la République kirghize et le Viet Nam, se distinguent par de meilleures performances en matière de capital humain. L’indice met aussi en évidence un écart notable entre les sexes : celui des femmes reste inférieur de 20 points à celui des hommes, en raison notamment de leur moindre participation au marché du travail.
« Les données montrent que les politiques qui prennent en compte les facteurs d’accumulation de capital humain dans chaque environnement peuvent améliorer la nutrition, l’apprentissage et le développement des compétences au travail. En permettant à un plus grand nombre d’individus d’acquérir des compétences tout au long de leur vie, les pays peuvent enclencher un cercle vertueux : l’augmentation de la productivité entraîne une hausse des salaires, ce qui incite davantage les familles et les communautés à investir dans la prochaine génération », explique Norbert Schady, économiste en chef pour la vice-présidence Population du Groupe de la Banque mondiale.
Pour inverser la tendance, l’institution recommande notamment de renforcer les programmes d’éducation parentale et préscolaire, d’améliorer les conditions de vie dans les quartiers défavorisés, de développer les formations en apprentissage et sur le tas, ainsi que de promouvoir des politiques publiques intégrées reliant foyers, quartiers et lieux de travail. Autant de leviers jugés essentiels pour améliorer durablement la productivité et les perspectives économiques des générations futures.
A. T


