Économie Maritime et Protection Côtière: Dr Damien Ahouandokoun suggère la création d’un portefeuille ministériel

À L’ATTENTION DE SON EXCELLENCE,
MONSIEUR LE PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE
Objet : Proposition de création d’un ministère de l’Économie Maritime, de la Protection Côtière et de la Pêche
Analyse stratégique et contribution à la gouvernance du futur gouvernement
Contribution du Dr Damien Ahouandokoun
Juriste -Expert en économie maritime et portuaire, Spécialiste en Aménagement portuaire et Développement Durable Chercheur associé au CREMPOL
Contexte général et justification de la note
Au regard des réformes structurelles courageuses et ambitieuses engagées ces dernières années dans les secteurs maritime, portuaire, halieutique et environnemental, le Bénin se trouve aujourd’hui à un moment décisif de son histoire institutionnelle et économique.
En effet, les transformations en cours ont permis de poser des bases solides en matière de gouvernance, d’investissements publics et de modernisation des infrastructures. Toutefois, l’évolution rapide des enjeux mondiaux – pression démographique, changement climatique, compétitivité économique, sécurité alimentaire et énergétique impose désormais un changement d’échelle dans l’action publique.
Dès lors, il ne s’agit plus de procéder à des ajustements sectoriels, mais bien d’opérer une refondation stratégique de l’architecture gouvernementale, afin d’aligner l’État béninois sur les réalités contemporaines et les opportunités futures.
Diagnostic stratégique : la mer, un pilier encore insuffisamment structuré
Dans cette perspective, une analyse lucide de l’action publique révèle une contradiction majeure.
Le Bénin est un État côtier pour lequel :
plus de 80 % des échanges extérieurs transitent par la mer ;
l’activité portuaire constitue un levier essentiel de recettes publiques, d’emplois et de compétitivité logistique ;
les zones côtières concentrent à la fois les populations, les vulnérabilités climatiques et les opportunités économiques.
Cependant, malgré ce rôle stratégique incontestable, la mer demeure insuffisamment intégrée dans une vision gouvernementale unifiée. Les compétences liées aux ports, à la pêche, à l’environnement marin et à la protection du littoral restent fragmentées entre plusieurs ministères, sans pilotage politique centralisé ni coordination stratégique forte.
Cette gouvernance éclatée limite la capacité de l’État à transformer son avantage géographique en puissance économique durable.
Conséquences d’une gouvernance fragmentée
Cette situation se traduit concrètement par plusieurs effets structurels négatifs :
la pêche maritime est encore perçue comme une activité secondaire, essentiellement rurale ;
les ports sont traités principalement comme des infrastructures, et non comme des plateformes économiques intégrées ;
l’environnement marin et côtier demeure insuffisamment protégé face aux pollutions et aux effets du changement climatique ;
l’économie bleue, bien que reconnue dans les discours, ne bénéficie pas d’un portage institutionnel clair.
Il en résulte une perte de valeur économique, une dilution de la vision stratégique et, à terme, un affaiblissement de la souveraineté maritime nationale.
Proposition structurante : création d’un ministère de l’Économie Maritime, de la Protection Côtière et de la Pêche
Face à ce constat, il apparaît nécessaire d’engager une réforme institutionnelle majeure.
La création d’un ministère de l’Économie Maritime, de la Protection Côtière et de la Pêche ne relèverait ni d’un symbolisme politique ni d’une inflation administrative. Elle constituerait, au contraire, une réponse stratégique adaptée à l’importance réelle de la mer dans le développement national.
Un tel ministère aurait pour mission :
de porter une vision maritime nationale cohérente et intégrée ;
de coordonner efficacement les politiques portuaires, halieutiques et environnementales ;
de structurer l’économie bleue comme moteur de croissance et d’emplois ;
d’assurer la protection durable des écosystèmes marins et côtiers.
Il s’agirait ainsi de passer d’une logique de simple gestion sectorielle à une gouvernance stratégique fondée sur la mer.
Argument central : repositionner la pêche dans son cadre naturel et stratégique
À cet égard, la question du rattachement institutionnel de la pêche maritime est déterminante.
La pêche :
n’est pas une activité terrestre ;
dépend directement de la mer, des ports, de la sécurité maritime et de la qualité de l’environnement marin ;
est fortement exposée aux pollutions, à la surexploitation et au changement climatique.
La maintenir sous l’autorité exclusive du secteur agricole constitue désormais un frein structurel à sa modernisation, à la valorisation de la chaîne halieutique et à la lutte contre la pêche illicite, non déclarée et non réglementée.
À l’inverse, intégrée pleinement à l’économie maritime, la pêche peut devenir :
un levier industriel et logistique ;
un pilier de la sécurité alimentaire ;
une source d’exportations à forte valeur ajoutée ;
un gisement d’emplois durables pour la jeunesse.
Le défi n’est donc pas la pêche en elle-même, mais le cadre institutionnel dans lequel elle est pensée et gouvernée.
Enseignements internationaux et crédibilité de la proposition
Cette orientation stratégique est largement confirmée par les expériences internationales. De nombreuses nations maritimes ont fait le choix de structurer leur développement autour de la mer, en dotant leurs gouvernements de ministères dédiés aux affaires maritimes et à la pêche.
Ces pays ont en commun une meilleure valorisation de leurs ressources marines, une gouvernance plus cohérente et une crédibilité accrue sur la scène internationale.
Le Bénin, au regard de sa position géographique et de ses ambitions régionales, a toute légitimité à s’inscrire dans cette dynamique.
Bénéfices attendus pour le futur gouvernement
La création d’un tel ministère générerait des gains significatifs :
Sur le plan économique
augmentation de la valeur ajoutée locale ;
ports plus compétitifs et mieux intégrés aux chaînes logistiques ;
investissements maritimes plus ciblés et plus rentables.
Sur le plan social
création d’emplois bleus durables ;
sécurisation des communautés de pêcheurs ;
réduction de la pauvreté dans les zones côtières.
Sur le plan environnemental
meilleure protection du littoral et des écosystèmes marins ;
lutte renforcée contre les pollutions marines et portuaires ;
adaptation plus efficace au changement climatique côtier.
Sur le plan institutionnel
renforcement du rôle stratégique de l’État ;
amélioration de la cohérence de l’action publique ;
crédibilité internationale accrue du Bénin.
Message stratégique au futur gouvernement
Le Bénin ne peut plus gouverner la mer avec des outils conçus pour la terre.
La mer exige :
une vision politique affirmée ;
un leadership institutionnel fort ;
une architecture gouvernementale adaptée à ses enjeux.
Créer un ministère de l’Économie Maritime, de la Protection Côtière et de la Pêche, ce n’est pas multiplier les portefeuilles ministériels, mais créer de la cohérence, anticiper l’avenir et transformer la géographie en puissance économique.
Le futur gouvernement dispose d’une opportunité historique :
faire du Bénin un hub maritime régional, un modèle africain de gouvernance bleue et un État côtier moderne, souverain et résilient.
La mer est l’avenir du Bénin.
Il est temps qu’elle devienne une priorité politique majeure.
