Institution financière sous régionale : BOAD : la reconduction de Serge Ekué contestée
(Une politique financière au centre des critiques)

Arrivé au terme de son mandat de six ans à la tête de la Banque ouest-africaine de développement (BOAD) le 28 août 2026, Serge Ekué fait face à des incertitudes concernant son éventuel renouvellement. Selon un rapport consulté par Le Matinal, plusieurs critiques relatives à la gouvernance, à la gestion financière et au climat social au sein de l’institution auraient pesé dans les réticences exprimées autour de sa reconduction.La reconduction de Serge Ekué à la présidence de la Banque ouest-africaine de développement (BOAD) est au cœur de controverses au sein de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA). Alors que le dirigeant béninois a achevé son premier mandat le 28 août 2026, son maintien à la tête de cette institution financière régionale reste incertain. Dans une publication datée du 19 octobre 2026, le quotidien Le Matinal évoque plusieurs griefs qui auraient contribué aux réserves de dirigeants de l’Union à l’égard de son renouvellement.
Selon le rapport cité par le journal, les préoccupations porteraient notamment sur les orientations financières de la Banque, les conditions de gestion du personnel, certaines dépenses de fonctionnement ainsi que l’efficacité des financements destinés aux projets de développement. Ces éléments, s’ils étaient confirmés, soulèveraient des interrogations sur la gouvernance d’une institution dont la mission est de soutenir la transformation économique et sociale des États membres.
Le premier volet des reproches rapportés concerne la stratégie financière de la BOAD. Le document évoqué par *Le Matinal* met en question une politique qui aurait accordé une place importante à la mobilisation de ressources et aux revenus issus de leur placement, au détriment du financement direct des projets de développement.
Le rapport mentionnerait notamment plus de 100 milliards de FCFA de commissions liées aux charges financières et attribuerait une part importante des résultats de la Banque aux produits de placement. Il soulèverait également des interrogations sur le recours à des cabinets de conseil financier, notamment Galite et Thomasteed, dans le cadre d’opérations de mobilisation de ressources et d’arrangements financiers.
Les conditions d’attribution de certains contrats, les rémunérations des prestataires et des opérations de titrisation figureraient également parmi les sujets de préoccupation. Toutefois, ces éléments relèvent, à ce stade, d’allégations rapportées et nécessitent des vérifications indépendantes avant toute conclusion définitive.
Le climat social et les dépenses de fonctionnement également évoqués
Au-delà des questions financières, la gestion des ressources humaines constituerait un autre point de tension. Le rapport ferait état de licenciements, de départs et de tensions internes, ainsi que de frustrations liées aux rémunérations et aux avantages accordés à certains responsables.
La réorganisation des carrières dans le cadre du projet Oasis aurait également contribué, selon ce document, à alimenter le mécontentement d’une partie du personnel.
Les dépenses de fonctionnement et le train de vie attribué à la présidence de la Banque seraient, eux aussi, au centre des critiques. Le rapport évoquerait des moyens de déplacement jugés disproportionnés par rapport aux pratiques observées au sein des institutions régionales.
Par ailleurs, le document rapporterait des accusations de sollicitations indues dans le traitement de certains dossiers de financement. Il établirait également un lien entre les lenteurs de décaissement et les difficultés de mise en œuvre des projets, en citant un taux de décaissement de 25 % en 2025. La portée de cet indicateur, son périmètre et les facteurs explicatifs restent toutefois à confronter aux données officielles de la BOAD.
Un enjeu de crédibilité pour l’institution régionale
Au-delà du cas de Serge Ekué, les controverses rapportées mettent en lumière les exigences de transparence, de responsabilité et d’efficacité qui s’imposent à la gouvernance des institutions financières communautaires. La BOAD joue un rôle stratégique dans le financement des infrastructures, de l’énergie, de l’agriculture et des projets structurants dans les pays de l’UEMOA.
Dans ce contexte, les incertitudes entourant la présidence de la Banque soulèvent également la question de la continuité institutionnelle. Des informations publiées par d’autres médias régionaux font état d’une situation toujours en suspens après l’expiration du mandat de Serge Ekué, sans qu’une décision officielle de renouvellement ou de succession ait été clairement annoncée dans les sources consultées.
Il convient néanmoins de distinguer les critiques formulées dans le rapport des faits établis. En l’absence de conclusions indépendantes et d’une réponse détaillée des responsables concernés, les accusations rapportées ne sauraient être considérées comme définitivement avérées.
L’évolution de ce dossier sera déterminante pour la suite de la gouvernance de la BOAD et pour la confiance des États membres, des partenaires financiers et des bénéficiaires de ses interventions.
Angelo DOWINHAN
