Exportations agricoles vers l’Europe : L’ananas béninois rappelé en France, l’APIEx ouvre une enquête

Un nouveau rappel d’ananas béninois sur le marché français remet sous tension la filière exportatrice. Après la détection d’un dépassement des seuils autorisés d’éthéphon sur un lot commercialisé en France, l’APIEx a annoncé l’ouverture d’investigations techniques pour identifier l’origine de l’incident et préserver la crédibilité du « Pain de Sucre » béninois sur le marché européen.
Le signal est venu de France, mais ses répercussions traversent déjà toute la chaîne exportatrice béninoise. Le 4 mai 2026, la plateforme officielle française RappelConso a ordonné le retrait du lot n°2903 d’ananas « Pain de sucre » vendu sous la marque Baronne. Les autorités sanitaires françaises évoquent un dépassement des limites réglementaires d’éthéphon, une substance utilisée pour uniformiser la coloration des fruits avant commercialisation. À Cotonou, l’alerte a immédiatement suscité des réactions au sein des structures chargées des exportations agricoles. Selon les informations rapportées par le journaliste contributeur Noé William Hounkanrin, l’Agence de Promotion des Investissements et des Exportations (APIEx) a annoncé l’ouverture d’une enquête technique afin d’identifier précisément l’origine de la non-conformité. L’objectif affiché est double : détecter le maillon défaillant dans la chaîne de production ou de conditionnement, puis renforcer les mécanismes de contrôle et de traçabilité au sein de la filière ananas.
Une filière sous pression
Même si les autorités béninoises présentent ce rappel comme un cas isolé, l’épisode ravive le souvenir des précédentes alertes sanitaires qui avaient déjà fragilisé la réputation du « Pain de Sucre » sur le marché européen. En 2024, des incidents comparables avaient conduit à des sanctions administratives et à une réorganisation de certains dispositifs de contrôle sanitaire. Pourtant, le Bénin dispose depuis plusieurs années d’outils de détection avancés, soutenus notamment par la FAO et l’AIEA, capables d’identifier rapidement les résidus chimiques présents dans les produits agricoles destinés à l’exportation. Mais au-delà des équipements techniques, plusieurs observateurs estiment que la difficulté réside désormais dans l’application rigoureuse des normes au niveau des producteurs et des intermédiaires. L’Union européenne fixe à 2 mg/kg la limite maximale de résidus d’éthéphon autorisée sur les fruits importés. Tout dépassement entraîne automatiquement des mesures de retrait et peut conduire à un renforcement des contrôles douaniers sur l’ensemble des exportations en provenance du pays concerné.
Un marché stratégique à préserver
Au Bénin, la filière ananas représente bien plus qu’une activité agricole. Avec une production estimée à près de 480 000 tonnes ces dernières années, elle fait vivre des milliers de producteurs et constitue l’un des principaux produits agricoles d’exportation du pays. Le « Pain de Sucre », particulièrement apprécié pour sa saveur, occupe une place privilégiée sur le marché européen, considéré comme le segment le plus rentable mais aussi le plus exigeant en matière de sécurité alimentaire. Dans ce contexte, l’enquête ouverte par l’APIEx devra permettre de rassurer rapidement les partenaires commerciaux européens et d’éviter un durcissement des conditions d’accès au marché français. Plusieurs spécialistes du secteur appellent déjà à une meilleure sensibilisation des producteurs aux exigences phytosanitaires internationales et à l’adoption de méthodes de maturation plus conformes aux standards européens. Les conclusions des investigations sont désormais attendues par l’ensemble des acteurs de la filière, qui jouent une nouvelle fois leur crédibilité à l’exportation.
Rafiou LAWAL