Liberté d’expression et régulation du numérique au Bénin : Article 550, des associations préoccupées par une meilleure appropriation

L’Association des Blogueurs du Bénin (AB-Bénin), en collaboration avec des organisations sœurs et avec l’appui d’Avocats sans Frontières Canada (ASFC), a officiellement lancé son plaidoyer pour la relecture de l’article 550 du Code du numérique. À la faveur d’une conférence de presse tenue mercredi 30 septembre 2026 à Cotonou, les initiateurs ont exposé les motivations, les enjeux et les actions prévues dans le cadre de cette campagne.
La campagne médiatique de plaidoyer pour la relecture de l’article 550 du Code du numérique s’inscrit dans une dynamique de renforcement de la protection des libertés fondamentales dans l’espace numérique au Bénin. Elle intervient dans un contexte où les plateformes numériques occupent une place centrale dans la production, la diffusion et la circulation de l’information, mais aussi dans l’expression citoyenne et le débat public. Pour les organisations mobilisées, l’objectif n’est pas de remettre en cause la protection des personnes dans l’espace numérique, mais de contribuer à un cadre juridique plus clair et prévisible. « L’enjeu n’est pas d’avoir moins de protection dans l’espace numérique. L’enjeu est d’avoir une protection plus claire, plus prévisible, plus équilibrée et mieux comprise par tous », a expliqué le président de l’AB-Bénin, Emmanuel Gansè. Les préoccupations portent notamment sur certaines notions contenues dans l’article 550 et susceptibles, selon les promoteurs, de donner lieu à des interprétations variables. « Notre réflexion porte sur une question simple. Notre voix est-elle suffisamment précise pour que chacun sache clairement ce qui est interdit et ce qui ne l’est pas », s’interroge Emmanuel Gansè. Il relève notamment la nécessité de mieux préciser des notions telles que la « détresse émotionnelle », l’atteinte grave à la tranquillité d’une personne ou encore le harcèlement par voie de communication électronique. La campagne entend ainsi alimenter un débat public autour de la liberté d’expression, de la régulation des contenus en ligne et de la sécurité juridique des usagers, dans le respect des standards internationaux relatifs aux droits humains. Pour toucher différents publics, plusieurs supports sont prévus : 15 messages de sensibilisation sur les réseaux sociaux, quatre vidéos de plaidoyer et cinq photo-romans. Au moins huit blogueurs et créateurs de contenus seront mobilisés pour relayer les messages, avec une audience numérique estimée à 500 000 personnes. Des articles, reportages et contenus audio viendront également amplifier la campagne. Chargé de projet et coordonnateur de la campagne, Eugène Deguénon a détaillé ce dispositif destiné à toucher aussi bien les citoyens, les professionnels des médias et les acteurs numériques que les décideurs publics et les acteurs judiciaires. « Notre objectif est qu’à partir des activités qui seront lancées, cette campagne puisse toucher les décideurs qui, à moyen ou à court terme, prennent des décisions qui puissent être en faveur de la liberté », a affirmé Komla Bassah, conseiller juridique du Projet RÉCIT au Bénin et représentant d’Avocats sans Frontières Canada. À travers cette initiative, les organisations porteuses souhaitent ainsi faire émerger un dialogue entre société civile, médias, acteurs numériques et pouvoirs publics autour d’une relecture qu’elles jugent nécessaire pour concilier protection des citoyens et garanties de la liberté d’expression dans l’espace numérique.
Chester W.
