Crise au Parti Les Démocrates : Plusieurs abdiquent pour le Pacte Républicain

Désaccords stratégiques, revers électoraux et crise de gouvernance figurent parmi les onze raisons avancées par les démissionnaires pour justifier leur rupture avec le parti.
La rupture est désormais officielle. Vendredi 9 octobre 2026, à Cotonou, plusieurs responsables du parti Les Démocrates ont annoncé leur démission collective pour poursuivre leur engagement politique au sein du Pacte républicain. C’était en présence d’Eric Houndété, Président honoraire du parti et lui même démissionnaires, ayant soutenu la candidature de Romuald WADAGNI au présidentielle d’avril 2026.
<< À compter de ce jour, nous cessons collectivement et définitivement d’être membres du Parti Les Démocrates. Notre décision est mûrie. Notre décision est assumée. Notre décision est irrévocable. Nous partons sans haine, mais sans regret sur notre choix. Sans injure, mais sans silence sur les raisons qui l’ont rendu nécessaire. Sans esprit de revanche, mais sans renoncement à nos convictions.>> Ont confié les démissionnaires dans leur déclaration. En introduction, Judes Bonaventure Lodjou a présenté les malaises accumulés au fil des années. Dans la déclaration lue par le professeur François Tchoka, les démissionnaires ont exposé onze raisons motivant leur départ. En effet, <<Nous ne quittons donc pas Les Démocrates parce que nous aurions cessé de croire à la démocratie; nous quittons le parti parce que notre conception même de la démocratie ne nous permet pas d’accommoder notre conscience de pratiques et de méthodes contraires aux principes et valeurs démocratiques. 
Que personne ne se méprenne donc sur la portée de notre décision>>. Ils assurent n’avoir pas décidé sur un coup de tête mais après toutes les tentatives possibles. <<Nous ne partons ni sur un coup de tête, ni sur un coup de colère. Notre démission est l’aboutissement d’une accumulation: revers électoraux d’une ampleur historique, défaut d’anticipation stratégique, dysfonctionnements organisationnels, controverses statutaires, fractures internes et, finalement, rupture de confiance. Nous avons proposé. Nous avons alerté. Nous avons débattu. Nous avons attendu. Nous avons longtemps espéré que le navire pourrait être réparé de l’intérieur. Mais lorsque les avaries gagnent la coque, que la boussole ne fait plus consensus et que l’équipage ne s’accorde même plus sur le cap, rester à bord par simple fidélité au pavillon ne suffit plus à sauver le bâtiment. Nous avons donc choisi de partir>> ont-ils martelé. Présent à la rencontre, l’ancien ministre Saliou Akadiri a salué une décision qu’il juge « salutaire et tant attendue ».
Onze griefs contre la direction
Les signataires dénoncent d’abord l’incapacité présumée du parti à s’adapter aux mutations politiques et institutionnelles intervenues entre 2024 et 2026, notamment le nouveau Code électoral et la révision constitutionnelle. Ils pointent ensuite l’effacement électoral de la formation : après les 28 députés obtenus en 2023, le parti n’a décroché aucun siège parlementaire ni élu communal en 2026 et n’a présenté aucun duo à la présidentielle.
Troisième grief, l’absence d’introspection après ces revers. Les démissionnaires évoquent également les difficultés financières consécutives à la perte des ressources liées au mandat des députés, le refus d’examiner des accords de gouvernance et l’absence de rapprochement politique avant la présidentielle.
La fracture s’est davantage creusée autour du soutien apporté par le Pacte républicain au duo Romuald Wadagni–Mariam Chabi Talata. Les responsables concernés contestent les sanctions prises contre eux après cette prise de position, qu’ils considèrent comme un choix politique assumé.
À ces désaccords s’ajoutent les critiques relatives à la concentration des décisions, à la marginalisation de certaines sensibilités, au respect contesté des règles internes et à la procédure de succession de Boni Yayi, qui avait annoncé son retrait de la présidence du parti le 3 mars 2026. Ces griefs, présentés dans leur déclaration, traduisent une crise de confiance devenue, selon eux, insurmontable.
Rupture assumée
Les démissionnaires affirment ne pas agir sous le coup de la colère, mais au terme d’un processus de réflexion et de tentatives de réorientation restées infructueuses. <<À nos compagnons qui demeurent au Parti Les Démocrates, nous voulons dire ceci avec gravité et respect: nous ne renions personne. Nous n’effaçons ni les batailles livrées ensemble, ni les épreuves traversées, ni les fraternités nouées dans l’adversité. Nous savons ce que des milliers de militants sincères ont donné à cette formation et nous respectons leur liberté d’y poursuivre leur engagement. Mais respecter ceux qui restent ne nous oblige pas à y demeurer. Et partir ne nous autorise pas davantage à salir ceux avec qui nous avons cheminé>> ont-ils affirmé dans la déclaration. Ils entendent ainsi tourner une page sans renier leur engagement démocratique ni leur parcours politique.
La direction des Démocrates adopte toutefois une autre lecture. Pour Nourénou Atchadé, Président du Parti, il n’en est rien. Et pour cause , plusieurs des responsables concernés étaient suspendus depuis mars 2026 et le congrès ordinaire du parti qui s’annonce devait se prononcer sur leur situation. Cette démission collective marque une nouvelle étape dans les recompositions de l’opposition béninoise. Les initiateurs annoncent que d’autres départs pourraient suivre dans les structures communales et à la base militante. Au siège du Parti, les consignes sont données pour le plus accepter les lettres de démission.
Rafiou LAWAL

