Economie

Emploi domestique au Bénin : 98,4 % des travailleurs évoluent dans l’informel en 2025

Alors que le travail domestique joue un rôle essentiel dans le fonctionnement des ménages, sa reconnaissance comme activité professionnelle peine encore à se traduire par une protection effective des travailleurs. Au Bénin, où 98,4 % des emplois domestiques étaient informels en 2025, selon l’Organisation internationale du travail (OIT), la formalisation demeure un défi majeur. Une problématique qui s’inscrit dans les préoccupations d’un forum sous-régional consacré à ce secteur, ouvert le 19 octobre à Dakar, au Sénégal.

Au Bénin comme dans plusieurs pays africains, le travail domestique reste confronté à une réalité préoccupante : celle de l’informalité et de la faiblesse des mécanismes de protection sociale. Quinze ans après l’adoption de la Convention n° 189 de l’Organisation internationale du travail (OIT), les travailleurs domestiques continuent de rencontrer des difficultés pour faire valoir leurs droits. Au cœur de l’économie des ménages, ces travailleurs contribuent pourtant au bon fonctionnement de la vie quotidienne. Ménage, cuisine, garde d’enfants ou accompagnement de personnes dépendantes : leurs activités permettent à de nombreux ménages de concilier responsabilités familiales et obligations professionnelles. Mais derrière cette utilité sociale se cache une précarité persistante, particulièrement marquée dans les pays où les emplois domestiques demeurent largement informels. Les données de l’OIT révèlent l’ampleur du phénomène au Bénin. En 2025, 98,4 % des emplois domestiques étaient informels. Le secteur représentait 1,4 % de l’emploi total et 2,3 % de l’emploi féminin. Cette situation traduit les difficultés rencontrées par les travailleurs domestiques pour accéder à des conditions d’emploi formalisées, notamment en matière de contrats de travail, de rémunération, de repos et de protection sociale. Les données préparatoires de l’initiative TRADOM, lancée par l’OIT en février 2025, indiquent également que la majorité des contrats dans le secteur sont verbaux. L’absence de contrats écrits peut compliquer la reconnaissance des relations de travail et fragiliser les travailleurs en cas de litige avec leurs employeurs. Elle limite également leur capacité à faire valoir leurs droits, notamment lorsque les conditions de travail ne sont pas clairement définies. Cette problématique était au centre du forum sous-régional consacré au travail domestique, ouvert le lundi 19 octobre à Dakar. À cette occasion, Samira Daoud, directrice de l’équipe technique d’appui au travail décent de l’OIT, a insisté sur le poids de l’informalité dans le secteur et sur la nécessité de sensibiliser les employeurs aux avantages de la formalisation. « Plus de 80 % des personnes qui travaillent dans le secteur du travail domestique travaillent dans le secteur informel », a-t-elle déclaré. Au-delà de la reconnaissance du travail domestique comme une activité professionnelle, l’enjeu consiste désormais à garantir aux travailleurs un accès effectif aux droits qui leur sont reconnus. La formalisation permet notamment de mieux encadrer les relations entre employeurs et employés, de clarifier les obligations de chaque partie et de favoriser l’accès aux dispositifs de protection sociale. Adoptée le 16 juin 2011 et entrée en vigueur le 5 septembre 2013, la Convention n° 189 de l’OIT relative aux travailleuses et travailleurs domestiques établit des normes spécifiques en matière de rémunération, de repos, de conditions de travail et de protection sociale. Ratifiée par 40 pays, elle constitue un instrument important pour la reconnaissance des droits des travailleurs domestiques. Toutefois, l’existence de normes internationales ne suffit pas à garantir leur application dans les réalités nationales. Dans de nombreux pays africains, les travailleurs domestiques restent confrontés à des difficultés d’accès aux droits, en raison notamment de l’informalité des relations de travail et de la complexité des contrôles dans les domiciles privés. Selon les estimations de l’OIT publiées en juin 2025, environ 9,6 millions de personnes de plus de 15 ans exercent un emploi domestique en Afrique. En 2019, ces emplois représentaient 15,8 % des femmes salariées du continent. Ces chiffres soulignent le poids économique et social d’un secteur qui demeure pourtant insuffisamment protégé. Certains pays africains ont engagé des mécanismes de protection spécifiques. En Afrique du Sud, les travailleurs domestiques sont couverts depuis 2003 par le fonds d’assurance chômage (Unemployment Insurance Fund, UIF). Cette expérience montre qu’il est possible d’intégrer les travailleurs domestiques dans des dispositifs de protection sociale. Toutefois, l’existence d’un mécanisme ne garantit pas automatiquement que tous les travailleurs concernés bénéficient effectivement des droits prévus. Au Kenya, une évaluation de l’OIT publiée en février 2026 relève également des difficultés persistantes dans le secteur de l’accompagnement des personnes handicapées. Sept travailleurs sur dix exercent sur la base d’accords oraux, moins d’un sur dix dispose d’un contrat écrit et plus de la moitié ne bénéficie d’aucune forme de protection sociale. Une étude publiée en décembre 2025, menée auprès de 331 travailleurs domestiques et de 70 employeurs, confirme les lacunes en matière de formalisation et de couverture sociale. Pour le Bénin, les données sur l’emploi domestique mettent en évidence l’importance de renforcer les mécanismes de formalisation et de protection des travailleurs. La sensibilisation des employeurs, la promotion des contrats écrits, l’amélioration de l’accès à la protection sociale et le renforcement du cadre réglementaire figurent parmi les leviers susceptibles de contribuer à une meilleure reconnaissance de cette activité. Quinze ans après l’adoption de la Convention n° 189, le défi ne réside donc plus seulement dans la reconnaissance du travail domestique comme profession, mais dans la capacité à garantir aux personnes qui l’exercent des droits effectifs et des conditions de travail décentes. Au Bénin, où l’informalité concerne presque la totalité des emplois domestiques, la formalisation apparaît ainsi comme un enjeu majeur de justice sociale et de travail décent.

A.T

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