Economie

Pertes de rendement agricole : Le Bénin mobilise 561,8 millions FCFA pour indemniser les producteurs

Le Gouvernement béninois est passé de l’annonce à l’acte. Une enveloppe de 561,8 millions de FCFA a été effectivement remise, vendredi 7 août 2026 à Cotonou, à des producteurs de riz et de coton ayant subi des pertes de rendement au cours de la campagne agricole 2025-2026. Une intervention qui marque une nouvelle étape dans la prise en charge des risques climatiques dans le secteur agricole.

La remise des chèques s’est déroulée en présence du ministre de l’Agriculture, de l’Élevage et de la Pêche, Goubalan Bloukounon, ainsi que des responsables de la coopération luxembourgeoise de développement (LuxDev), partenaire du dispositif.
Au-delà du montant mobilisé, cette opération traduit une évolution dans l’approche des pouvoirs publics face aux aléas qui affectent les exploitations agricoles. Lorsque le climat entraîne une baisse significative des rendements, le producteur ne devrait plus être seul à supporter les conséquences financières du sinistre.

Une mauvaise campagne, un risque économique

Pour les producteurs, une campagne déficitaire ne se limite pas à une baisse des volumes récoltés. Elle peut également fragiliser les revenus des ménages agricoles, compliquer le remboursement des crédits et réduire les moyens disponibles pour financer la campagne suivante.
L’indemnisation prend donc une dimension qui dépasse la simple compensation d’une perte. Elle doit permettre aux exploitants concernés d’absorber le choc et de poursuivre leur activité au cours de la campagne suivante.
Le choix du riz et du coton comme filières concernées revêt, à cet égard, une importance particulière. Ces deux productions occupent une place stratégique dans l’agriculture béninoise.
Selon les données de la Direction de la Statistique Agricole, la production de riz s’est établie à 492 626 tonnes au cours de la campagne 2023-2024.
Du côté du coton, l’enjeu est encore plus important pour l’économie agricole nationale. Le Gouvernement vise une production de 700 000 tonnes dès la campagne 2026-2027, après plusieurs campagnes marquées par un recul de la production autour de la barre des 500 000 tonnes.
Les autorités expliquent notamment ces difficultés par les problèmes de pluviométrie, mais également par les contraintes liées aux semences, au conseil agricole et à la mécanisation.
L’assurance agricole change d’échelle
La remise effective des chèques cumulés de 561,8 millions de FCFA intervient dans un contexte plus large de transformation des mécanismes de protection des producteurs.
En octobre 2024, le Conseil des ministres avait approuvé le principe d’une assurance agricole indicielle basée sur le rendement, destinée notamment aux filières riz et coton. Le dispositif devait couvrir l’ensemble des départements du pays et toucher jusqu’à 100 000 petits producteurs et éleveurs durant sa phase pilote couvrant la campagne 2025-2026.
Le projet a franchi une nouvelle étape en mars 2025 avec son lancement officiel. Selon le Gouvernement, cette assurance vise à renforcer la résilience des petites exploitations face aux chocs climatiques et à préserver leur stabilité financière.
L’intérêt du mécanisme réside notamment dans son approche. Contrairement à une indemnisation classique reposant essentiellement sur l’évaluation individuelle d’un sinistre, l’assurance indicielle basée sur le rendement s’appuie sur des données permettant de déterminer si les conditions prévues pour le déclenchement de la compensation sont réunies.
La remise des chèques effectuée le 7 août donne ainsi une traduction concrète à cette volonté de renforcer la protection financière des exploitants.

De l’indemnisation à la résilience

Pour les bénéficiaires, l’enjeu immédiat est de pouvoir absorber les conséquences d’une campagne déficitaire sans compromettre la prochaine saison agricole.
Cette intervention s’inscrit dans une politique de soutien plus large à la production. Pour la campagne 2026-2027, l’État a consacré plus de 31,8 milliards de FCFA au soutien des prix des engrais destinés notamment au coton et aux cultures vivrières, afin de maintenir des prix de cession inférieurs aux niveaux du marché.
L’action publique se déploie donc sur plusieurs fronts : réduire le coût des intrants, soutenir la production et, désormais, apporter une réponse financière lorsque les exploitations subissent des pertes de rendement.
Mais l’indemnisation ne règle pas les causes profondes de la vulnérabilité agricole. L’irrégularité des pluies, les risques d’inondation et de sécheresse, ainsi que les difficultés d’accès aux équipements, aux semences adaptées et au conseil agricole continuent de peser sur les performances du secteur.
La nouvelle campagne agricole, lancée en avril 2026, place d’ailleurs la protection sociale des acteurs des chaînes de valeur agricoles parmi ses priorités, avec une ambition affichée de renforcer la compétitivité et la durabilité des systèmes de production.
Avec la remise effective des 561,8 millions de FCFA, le Bénin envoie ainsi un signal : le risque climatique tend désormais à être traité comme une question de politique agricole, de sécurité alimentaire et de protection des revenus ruraux.
Reste à mesurer la portée concrète de cette intervention : combien de producteurs ont été indemnisés, selon quels critères, pour quels niveaux de pertes et avec quels effets sur la poursuite de leurs activités ? Les réponses à ces questions permettront de déterminer si cette opération constitue seulement une réponse ponctuelle au choc de la campagne 2025-2026 ou une étape durable vers une meilleure protection des producteurs béninois.

A.D.

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