Notation financière à Bloomfield : AA-, le nouveau coup de maître de Wadagni

De ministre des Finances à Président de la République, Romuald Wadagni voit aujourd’hui une partie de son travail récompensée par le marché. Le relèvement de la note souveraine du Bénin à AA- par Bloomfield est plus qu’un chiffre : c’est la reconnaissance d’une méthode et d’une décennie de discipline financière.
Il y a des récompenses qui arrivent avec les honneurs. Et puis il y a celles qui arrivent avec les chiffres. Le AA- attribué au Bénin par Bloomfield Investment Corporation, contre A+ précédemment, appartient à cette deuxième catégorie. Une distinction froide en apparence, mais qui raconte beaucoup du travail accompli ces dernières années dans les coulisses de l’État.
Et derrière cette performance, difficile de ne pas voir la marque de Romuald Wadagni. Pendant dix ans, de 2016 à 2026, celui qui préside aujourd’hui aux destinées du Bénin a tenu les cordons de la bourse nationale. Il a négocié, convaincu, emprunté, restructuré, anticipé. Il a surtout appris à faire parler les chiffres dans une langue que comprennent les marchés : la crédibilité.
Lorsque Bloomfield attribuait encore A- au Bénin en 2020, puis A en 2021 avant A+, le pays était déjà engagé dans une trajectoire ascendante. Le passage à AA- vient désormais confirmer cette progression.
Wadagni n’a jamais été le ministre des effets d’annonce. Son terrain de jeu était celui, beaucoup moins spectaculaire, des tableaux de bord, des échéances, des taux, des investisseurs et des agences de notation. C’est aussi ce qui lui a valu d’être régulièrement distingué parmi les meilleurs ministres africains des Finances. Dans son classement 2024-2025, Financial Afrik le plaçait encore en tête, notamment pour la notation, la gestion de la dette, la stabilité macroéconomique, la croissance et le leadership.
Son bilan parle également à travers les opérations réalisées sur les marchés internationaux. Le Bénin a notamment mobilisé 750 millions de dollars sur le marché obligataire international et réalisé une émission de 1 milliard d’euros, avec une maturité de plus de trente ans.
Mais le plus intéressant dans cette histoire est peut-être ailleurs. Le AA- arrive quelques mois seulement après que Wadagni a quitté le ministère pour le palais présidentiel. Investi président de la République le 24 mai 2026, il ne peut évidemment pas revendiquer personnellement une décision prise aujourd’hui par une agence indépendante. Mais il peut regarder cette notation comme on regarde le résultat d’un travail de longue haleine. C’est là toute la singularité de son parcours. Le ministre qui travaillait hier sur la confiance des investisseurs est devenu le président qui doit transformer cette confiance financière en confiance économique et sociale pour les Béninois. Le AA- n’est donc pas seulement une bonne nouvelle pour les marchés. C’est aussi un premier clin d’œil de l’histoire à l’ancien argentier devenu chef de l’État. Romuald Wadagni a fait et continue de faire de la rigueur une méthode de gestion. Aujourd’hui, cette méthode porte encore ses fruits. Et, quatre mois après son arrivée au pouvoir, le nouveau président reçoit peut-être son premier grand bulletin international : les comptes qu’il a contribué à construire hier continuent de parler pour lui aujourd’hui. Wadagni ne récolte pas simplement une notation ; il voit sa méthode de gestion produire encore des résultats après son passage du ministère à la présidence.
Rafiou Lawal