100 jours du président Romuald Wadagni : Les premières orientations d’un septennat d’action
(Santé : répondre d’abord aux urgences et aux besoins essentiels)

Depuis son investiture le 24 mai 2026, le président de la République, Romuald Wadagni, multiplie les actions et les déplacements à travers le Bénin. Sécurité, économie, santé, éducation, agriculture, infrastructures et développement social : les premiers mois de son mandat permettent de dégager les grandes priorités de la nouvelle gouvernance. Le cap des 100 jours constitue un rendez-vous symbolique dans la vie d’une présidence. Il permet de mesurer les premières impulsions données par un chef de l’État, d’identifier ses priorités et d’apprécier sa méthode de gouvernance. Au Bénin, les premiers mois de Romuald Wadagni à la tête de l’État sont marqués par une volonté affichée de rester au contact du terrain et de poursuivre la dynamique de transformation du pays.
Conseil des ministres mensualisé
La nouvelle organisation du travail gouvernemental constitue l’un des premiers marqueurs du changement. Réuni pour la première fois le 28 mai 2026, le Conseil des ministres a adopté un rythme différent de celui qui prévalait jusque-là. Désormais, la session ordinaire se tient le premier mercredi de chaque mois, avec la possibilité de convoquer des sessions extraordinaires lorsque les circonstances l’exigent. Le Comité interministériel est, pour sa part, appelé à se réunir les premiers et troisièmes lundis de chaque mois. Des Conseils de cabinet peuvent également être convoqués avec les ministres sectoriels sur des dossiers spécifiques. Pour l’Exécutif, cette nouvelle organisation vise à rationaliser le fonctionnement du Gouvernement tout en maintenant des cadres réguliers de coordination. Elle traduit surtout une volonté de consacrer davantage de temps au travail préparatoire et de réserver les arbitrages du Conseil des ministres aux décisions jugées majeures.
Santé : répondre d’abord aux urgences et aux besoins essentiels
La santé figure parmi les secteurs où les premières décisions du nouveau pouvoir ont été les plus visibles. Le 3 juin, le Gouvernement a constitué une dotation de 1 milliard de FCFA destinée aux hôpitaux publics afin de leur permettre de constituer des stocks d’intrants nécessaires à la prise en charge des urgences vitales. L’objectif est de permettre aux formations sanitaires de prendre en charge sans condition préalable les patients dont le pronostic vital est engagé. À travers cette mesure, l’État cherche à s’attaquer à l’un des obstacles les plus immédiats rencontrés dans les situations d’urgence : l’indisponibilité des produits et consommables indispensables au moment où ils sont nécessaires. À cette enveloppe s’ajoute un effort de 10 milliards de FCFA destiné à améliorer l’accès à l’eau potable et à l’électricité dans les centres de santé publics qui en sont encore dépourvus. L’ambition est de garantir les conditions minimales de fonctionnement des établissements sanitaires, avant même de renforcer leurs équipements spécialisés.
Des équipements de pointe pour les hôpitaux de référence
Le Gouvernement a parallèlement engagé un renforcement des plateaux techniques. Lors du Conseil des ministres du 1er juillet, l’acquisition d’équipements médicaux modernes a été autorisée au profit de plusieurs établissements de référence. Un premier lot comprend notamment des colonnes de cœlioscopie et de laparoscopie digestive destinées au CNHU-HKM, au CHUD Ouémé, au CHUMEL, au CHUD Borgou et au CHUZ d’Abomey-Calavi/Sô-Ava. Un deuxième lot porte sur des équipements d’ophtalmologie pour le CNHU-HKM, le CHUD Ouémé, le CHUD Borgou et le CHUZ Suru-Léré. Un troisième concerne l’acquisition, l’installation et la mise en service d’équipements modernes d’anatomopathologie au CNHU-HKM. À travers ces investissements, l’Exécutif entend réduire les insuffisances techniques qui limitent encore la capacité de certains établissements à diagnostiquer et traiter des pathologies complexes.
Éducation : la gratuité pour les filles au secondaire
Dans le secteur éducatif, l’une des mesures les plus fortes concerne la gratuité de la scolarité des filles. À compter de la rentrée scolaire 2026-2027, les filles inscrites dans l’enseignement secondaire général et technique public bénéficient de la gratuité de la scolarité sur l’ensemble du territoire national. La décision, prise lors du Conseil des ministres du 3 juin, s’inscrit dans la volonté de favoriser le maintien des filles dans le système éducatif et de réduire les obstacles financiers susceptibles de compromettre leur parcours scolaire. Le même Conseil a annoncé une enveloppe de 20 milliards de FCFA pour accélérer l’accès à l’eau potable et à l’électricité dans les établissements publics qui en sont encore dépourvus. Le Gouvernement a également prévu la construction de magasins afin de renforcer le dispositif des cantines scolaires.
Universités : le transport étudiant reprend progressivement
Dans l’enseignement supérieur, la mobilité des étudiants a également fait l’objet d’une attention particulière. Un comité a été mis en place pour réfléchir aux conditions de relance et d’amélioration du transport, de l’hébergement et de la restauration dans les universités publiques à partir de la rentrée 2026-2027. Sur le terrain, le transport universitaire a commencé à reprendre dès la fin du mois de mai avec l’arrivée de nouveaux bus à l’Université d’Abomey-Calavi. Le service avait été suspendu depuis février 2023, notamment en raison des difficultés liées à l’ancien parc automobile. La relance de ce service constitue ainsi l’une des premières réponses apportées aux préoccupations sociales des étudiants.
Agriculture : produire davantage, mais aussi transformer localement
L’agriculture constitue un autre secteur où le nouveau pouvoir a rapidement cherché à matérialiser ses engagements. Pour la campagne agricole 2026-2027, le Gouvernement a institué des subventions spécifiques au profit des producteurs de coton, d’anacarde, de soja et de riz. Dans la filière coton, une prime exceptionnelle de 10 FCFA par kilogramme est prévue si la production nationale dépasse le seuil de 700 000 tonnes. Pour l’anacarde, le soja et le riz, une prime de 10 FCFA par kilogramme doit être accordée pour les quantités livrées aux usines locales, une fois les capacités de transformation installées satisfaites. Le mécanisme ne vise donc pas uniquement à augmenter les volumes produits. Il cherche également à encourager la transformation locale et à renforcer la valeur ajoutée créée au Bénin.
561,8 millions de FCFA pour indemniser des producteurs
Le soutien au secteur agricole ne s’est pas limité aux incitations à la production. En août, l’État a procédé au versement de 561,8 millions de FCFA à des producteurs de riz et de coton ayant subi des pertes de rendement dans le cadre du mécanisme d’assurance agricole indicielle multirisque. Cette intervention marque une autre dimension de la politique agricole : accompagner les producteurs non seulement avant et pendant la campagne, mais également lorsqu’ils sont confrontés aux risques susceptibles d’affecter leurs revenus. Le dispositif introduit ainsi une logique de sécurisation des exploitations face aux aléas de production.
Un budget 2026 réajusté à plus de 4 148 milliards de FCFA
Les nouvelles priorités du Gouvernement ont également entraîné une révision de l’architecture budgétaire. Le 3 juin, le Conseil des ministres a transmis à l’Assemblée nationale le projet de loi de finances rectificative pour 2026. Le texte prévoyait notamment de nouvelles allocations pour les mesures sociales, l’éducation, la santé, les infrastructures et le soutien aux intrants agricoles. Adoptée par l’Assemblée nationale le 19 juin, la loi de finances rectificative a porté le budget à 4 148,357 milliards de FCFA, soit une progression de 364,373 milliards de FCFA, correspondant à une hausse de 9,6 %. L’objectif de croissance économique a, lui, été maintenu à 7,5 %.
Marchés modernes : les redevances revues à la baisse
Le commerce et le pouvoir d’achat ont également fait l’objet de mesures spécifiques. Le Conseil des ministres du 1er juillet a approuvé une baisse des redevances appliquées dans plusieurs marchés modernes. Dans neuf marchés urbains de Cotonou — Cadjèhoun, Aidjèdo, Mènontin, Wologuèdè, Gbégamey, Ganhi, Hlazounto, Tokplégbé et Midombo — la redevance mensuelle passe ainsi de 18 000 à 12 000 FCFA. Dans d’autres espaces marchands, elle est ramenée de 21 000 à 15 000 FCFA, notamment au marché de friperie de PK3. Dans plusieurs marchés d’Ahouangbo, Guéma, Houndjro, Djougou, Cococodji et Ouando, elle passe de 13 000 à 9 000 FCFA. Dans les marchés régionaux de Pahou, Azovè, Houègbo, Glazoué et Natitingou, la redevance est réduite de 7 500 à 5 000 FCFA. Les pôles commerciaux de Tokpa Yôyô et Tokpa Daho sont également concernés. La mesure répond aux doléances exprimées par les commerçants et vise à rendre les marchés modernes plus accessibles.
Fonction publique : 1 110 agents promus au douzième échelon
Les premières mesures du nouveau pouvoir touchent également les agents de l’État. Le 1er juillet, le Conseil des ministres a autorisé l’avancement au douzième échelon des agents remplissant les conditions d’ancienneté et de mérite.
Au 31 décembre 2025, 1 110 agents classés au onzième échelon étaient en attente de cet avancement. La décision doit permettre de débloquer la mise en œuvre effective de l’avancement automatique dans le Système intégré de gestion des ressources humaines et de la paie. Le Gouvernement a également prévu, pour les agents admis à la retraite dont la situation administrative n’est pas à jour, une reconstitution de carrière ainsi qu’une révision de la pension de vieillesse. Les agents concernés par les promotions doivent bénéficier de l’incidence financière correspondante et des rappels de salaire. Dans le secteur de la santé, l’Exécutif a par ailleurs engagé le transfert de la gestion des agents contractuels aux 77 communes. L’objectif est de rapprocher la gestion administrative des personnels des réalités locales et de sécuriser le paiement de leurs rémunérations.
Avec le Niger et autres voisins, le choix du dialogue
Sur le plan diplomatique, le nouveau pouvoir a rapidement voulu imprimer un changement de ton. Quelques jours après son investiture, Romuald Wadagni s’est rendu au Nigeria, le 1er juin, pour une première visite auprès du président Bola Ahmed Tinubu. Le lendemain, il a poursuivi cette séquence diplomatique à Niamey, où il a rencontré le général Abdourahamane Tiani. Cette visite d’amitié et de travail avait pour objectif de renouer le dialogue avec les autorités nigériennes après plusieurs mois de tensions entre Cotonou et Niamey. La question de la frontière a occupé une place centrale dans les discussions. Les deux parties ont convenu de mettre en place un comité d’experts chargé d’identifier les difficultés empêchant sa réouverture et de formuler des propositions de règlement dans un délai de quinze jours. Le choix de se rendre successivement au Nigeria et au Niger traduit ainsi l’importance accordée par le nouveau pouvoir à la restauration des équilibres dans son environnement régional immédiat.
369 détenus bénéficient de la grâce présidentielle
Le geste politique le plus symbolique des cent premiers jours est intervenu à la veille de la fête de l’indépendance. Par le décret n°2026-546 du 31 juillet 2026, Romuald Wadagni a accordé une grâce présidentielle à 369 personnes condamnées et détenues. Les opérations de mise en liberté ont débuté le 1er août, jour de la célébration du 66e anniversaire de l’indépendance du Bénin. Il s’agit de la première mesure de grâce présidentielle prise par le nouveau chef de l’État. La grâce porte sur la partie de la peine privative de liberté restant à exécuter. Elle n’efface donc pas les condamnations et ne supprime ni les obligations civiles et financières ni les éventuelles amendes. Ces cent premiers jours ne suffisent évidemment pas à mesurer les résultats d’un mandat. Ils permettent cependant d’en identifier les premières lignes de force : une gouvernance présentée comme plus rationalisée, un accent social assumé et une volonté de repositionner le Bénin dans son environnement régional.
Rafiou LAWAL
